samedi 10 juillet 2010

Les Blérots de R.A.V.E.L

Sept hurluberlus, un album et un concentré de bonne humeur.


 La tête à l'envers
De l'énergie, les Blérots en ont à revendre. Après leur précédent album, Timbré, ils ont sillonné les routes de France pour présenter le spectacle-tournée du même nom pendant deux ans, cent quinze dates au total. Ils en ont profité pour sortir un livre Ravalement de façade et enregistrer Sauve qui peut, le petit dernier.

Bêtes de travail les Blérots. Cette formation fanfaronesque est née dans les Yvelines (78) en 1996. En tête de peloton Alice Noureux l'énergique et Fred Joiselle le grinçant qui élaborent pour notre plus grande joie des textes drôles souvent, plus sérieux parfois mais toujours empreints d'une finesse dentellière. Sont décortiqués nos petits travers, grosses colères et lâchetés diverses et variées.

Ils ne se contentent pas de s'enfermer pour composer leur petit théâtre de vie, ils l'incluent dans une sorte de « pack » tout compris où support musical et scénique sont rassemblés. Il s'agit de faire vivre la musique, de lui donner l'espace nécessaire pour en extraire tout ce qu'elle a à donner, de l'amener vers une issue accomplie. Le fil conducteur de tout ça, c'est la communauté. Le nombre de participants est fluctuant. Qu'ils soient deux, cinq ou dix, se maintiennent des principes de partage et d'association, éléments indispensables à une cohésion productive. Il s'agit de composer avec les envies, les doutes et créations de chacun.

Qui aime suive
Onze titres pour Sauve qui peut et onze univers différents. La voix d'Alice s'envole vers l'hystérie dans File d'attente, pour se faire plus grinçante sur le titre Langue de pute. Fred quant à lui anime des personnages de sa voix posée et chaude qui insuffle vie et sourires. Les cuivres dominent, il s'agit de ne pas laisser le rythme s'étioler. Les paroles sont mêmes supprimées comme dans Radio Tribale où des accents méditerranéens se font entendre ; on devine presque l'odeur du jasmin tant la musique est chaleureuse. On pète les plombs dans Fusibles et on se moque des dragueurs dans Fleur bleue.

Une nouveauté fait également son entrée : le japonais dans Baku-Baku. On s'internationalise chez les Blérots, puisque l'anglais se fait aussi une petite place grâce à Like an elephant. Parfois absurde mais toujours jouissif, la farandole musicale entraîne. On a le pied qui bat la mesure et la tête qui dodeline, ça sent la routes de vacances, les cheveux au vent, les grands pique-niques entre copains et les soirées au coin du feu. Vive l'été !!

Les Blérots de R.A.V.E.L - Sauve qui peut
Sortie le 17 mai 2010

mardi 11 mai 2010

Sashird Lao - Open the Box

Sortie le 25 mars 2010

Après deux albums (3 secrets en 2008 et Watsdis en 2005, salués par la critique), une brassée de prix et récompenses, Sashird Lao revient avec dans ses bagages Open the Box, petit bijou aux multiples alliages. Les joailliers Yona Yacoub, David Amar et Fred Luzignant ont su trouver la combinaison idéale qui leur permettra de conquérir beaucoup, beaucoup de monde !

Sur une base jazzy, ajoutez une pincée de soul, quelques grammes de world music, un soupçon de cuivres et une goutte de percussions et vous obtenez Open the Box, le nouvel opus de Sashird Lao. Pionnier d'une musique ouverte aux quatre vents, le trio niçois, lauréat du Coucours National de Jazz de La Défense en 2006, Prix du Public au Festival de Juan en 2007 nous ouvre les portes d'un monde affranchi des frontières culturelles. Le titre d'ouverture, Kalimanji So, nous guide sur les routes du Rajasthan, les tablas rythment le pas et les voix de Yona Yacoub, David Amar et Fred Luzignant nous entraînent pour une balade au bout du monde.


Escale à Babylone, petit détour  sous l'influence des grands noms du jazz (Bobby Mc Ferrin, Duke Ellington) et expérimentations vocales. Ils chantent en anglais, langue fédératrice par excellence, à laquelle viennent se greffer des sonorités indiennes, latinos ou arabes. La musique électro se joint à la fête, la diversité propice à la dilution des barrières fait son oeuvre et l'entreprise de séduction fait des émules. Vous serez conquis par ce nouveau bijou de la scène contemporaine qui sait si bien marier les goûts et les couleurs et nous offre un véritable plaidoyer en faveur des différences.


Leur masala épicé ne gratte pas la gorge n'irrite pas les oreilles, il adoucit les moeurs. Véritable rayon de soleil musical sous le feu duquel on peut se laisser dorer sans complexe ni appréhension, Open the Box est à découvrir. Bonheur garanti.






Sashird Lao - Open the Box


Sortie le 25 mars 2010

www.myspace.com/sashirdlao

Arno - Brssld

Le 1er juin 2010
Casino de Paris

L'écorché belge est de retour sur les ondes et les routes avec un nouvel album, Brussld, dark et élégant, textes en anglais et français et toujours cet univers particulier aux accents revendicatifs.

La photographie de la pochette montre un Arno perplexe, contemplant une botte noire solitaire. A côté de ses pompes le chanteur belge ? Rien n'est moins sûr. Il revient sur le devant de la scène avec des textes forts aux paroles dures et acérées. Il ne faut pas essayer de le berner l'homme aux cheveux d'argent et à la voix rauque. Il parle de la vie qui se délite (Mademoiselle), des femmes qui subissent la violence des hommes (Quelqu'un a touché ma femme) et de Bruxelles, sa ville, la capitale de son plat pays à lui. Une force palpable, une colère enfouie qui se révèle au travers de chansons dont la moitié sont chantées en anglais, ce qui donne à l'album une aura rock, plus sombre, plus tourmentée que sur les précédents.


Séduire d'accord mais avec des textes engagés, pas de place pour la niaiserie et la douceur guimauve. Dans How are you, l'accent est mis sur la solitude de l'être, ses angoisses, ses peurs, le froid de l'isolement qui s'insinue sous l'épiderme et donne la chair de poule. Sans langue de bois ni fausse pudeur, Arno dépeint le monde tel qu'il le voit, rempli de vilainie, de bêtise, dominé par l'argent et la pingrerie où chacun se préoccupe de son nombril et en oublie de regarder son voisin.


Fresque du genre humain, Brussld offre un panel d'univers sombres qui se croisent et se mêlent. Reprise de Get up, Stand up du mythique Bob Marley, piano-voix et une amertume palpable. Le message pourrait plomber, il donne au contraire envie, envie de s'arrêter pour écouter le coeur de la vie qui bat dans ce monde trop plein d'inégalités.


Arno donne de la voix et nous montre la voie.

mercredi 14 avril 2010

Arthur H - Mystic Rumba

Sortie le 22 mars 2010

Le chanteur à la voix rocailleuse s'offre une compilation de ses chansons préférées, 24 titres pour mettre nos pas dans les siens, se laisser emporter par la douceur et la poésie de son univers.

Dans la famille Higelin, je demande le fils, Arthur. Fils de, frère de, difficile de... Pas quand le talent est au rendez-vous. Celui que l'on aurait pu surnommer l'homme à la tête de chou (mais le surnom était déjà pris) est un conteur. Il nous ouvre les portes des destins de  Bo Derek, Nancy, Tarzan, Kevin B., personnages de contes oniriques où la magie se mêle à l'encre de la plume pour donner naissance à des tableaux enchantés remplis d'émotions, de guimauves et de petits instants précieux.


Annabelle est l'Alice de son chapeau, Le chercheur d'or le lapin blanc. Monde utopique, enfantin, serait-ce Peter Pan qui ferait des siennes? Se dissimule derrière parfois des thèmes métaphysiques, plus  forts, plus durs, révélateurs de failles qui rehaussent de gravité et d'émotions des fables écrites avec finesse.

Piano-voix, le strict minimum pour le maximum d'effet. Arthur H se fait plaisir et cela se sent, on l'imagine dans l'ombre d'une lumière tamisée, penché sur les notes noires et blanches d'un clavier en mouvement ou descendant les rapides du Grand Canyon sur un radeau de fortune. Où qu'il aille, on n'a qu'une envie : le suivre.



Après la reconnaissance de ses pairs traduite par une victoire de la musique en 2009 pour l'album L'homme du monde, Arthur H revient à ses essentiels. Il a eu envie de leur donner une nouvelle vie, acoustique celle-là, qui leur donne un cachet presque sépia tant la douceur nous porte. Les images défilent au rythme des portraits tracés avec des notes fluides et envoûtantes. La voix rauque, éraillée séduit et alerte. Bercés par des morceaux de vies, on se laisse dériver sur un nuage entre la terre et les étoiles. Jouissif.





lundi 1 mars 2010

Ophélie Bazillou et Céline Espérin : Les criminelles des marais

Sortie le 3 mars 2010

Ophélie Bazillou (à gauche) et Céline Espérin (à droite), pendant le tournage des Marais Criminels.

Ophélie Bazillou et Céline Espérin sont les jeunes héroïnes du deuxième long-métrage d'Alexandre Messina, Les Marais Criminels.

L'une est blonde, espiègle et joueuse, l'autre châtain, calme et posée. Leurs différences  rappellent celles qui opposent leurs personnages dans Les Marais Criminels, Juillette et Axelle. Quatre femmes pour seulement deux enveloppes charnelles et le métier d'actrice prend tout son sens. Passionnées par le théâtre et la scène, Ophélie Bazillou et Céline Espérin n'en sont pas à leur coup d'essai. Avant leur rencontre avec Alexandre Messina, le réalisateur des Marais Criminels, elles ont exercé leur talent, sur les planches majoritairement, mais aussi pour la télévision et le cinéma. La passion de l'expression et un besoin impérieux d'exercer leur art leur ont permis de nous démontrer dans un road movie initiatique la qualité de leur implication.

Se mettre à la place d'un autre est un processus compliqué. Il s'agit de laisser place à une entité fictive qui ne demande qu'à s'incarner. Défi périlleux relevé avec brio.



Le théâtre comme un exutoire

Grande timide, Ophélie Bazillou s'est guérie de sa peur des autres grâce au théâtre. Elève de l'Ecole Stanova, c'est toute petite, en tutu et collants qu'elle a découvert ses premières sensations scéniques.


La révélation. L'envie de partager avec un public ne l'a dès lors plus quittée. La rigueur et la discipline inhérentes à la danse lui ont permis d'acquérir une connaissance parfaite de son corps. Forte de cet atout, incarner un personnage n'est pas seulement d'ordre psychologique mais aussi physique, elle se glisse dans la peau d'une autre tout en douceur. Intégralement. Avec une formation initiale basée sur l'improvisation elle a pu répondre aux attentes d'
Alexandre Messina qui en réalisateur focalisé sur l'émotion primaire écrit très peu les scénarii. Elle nous propose ainsi une Juillette fragile et forte à la fois, jeune fille perdue en mal d'amour qui s'accroche à ceux qui prêtent attention à elle. La frontière entre le rôle et la réalité est ténue, on a envie de protéger l'actrice et son double tant la sensibilité semble à fleur de peau. Et toujours ce besoin de plaire, de séduire : mission réussie, on est charmé !

La passion révélée


Jeune fille dotée de parents pragmatiques, Céline Espérin a d'abord suivi une formation d'interprète avant de se lancer dans le métier de comédienne. Diplôme en poche, ayant rempli son « contrat parental », elle a commencé à exercer le métier de comédienne qui s'était révélée à elle comme une évidence. Elle a beaucoup joué au théâtre, s'est initiée à la direction, toujours avec cette envie inaltérable de créer, de construire des univers et de faire émerger de nouveaux horizons.
Alexandre Messina a su voir en elle un potentiel indiscutable et lui a confié le rôle d'Axelle, jeune fille timide et discrète qui prend à bras le corps le mal-être de sa compagne de cavale. Elle nous offre dans Les Marais Criminels une interprétation souple, tout en douceur d'une écorchée vive qui ne sait plus trop où elle va mais qui, malgré l'absence de repères trouve toujours les ressources nécessaires à un renouveau. Elle a la fraîcheur d'une Katie Jarvis (Fish Tank) et le talent d'une passionnée, consciente des difficultés d'un métier basé sur le paraître. On lui souhaite encore beaucoup de beaux projets comme celui là.

Duo de femmes, duo de personnalités, Ophélie Bazillou et Céline Espérin se révèlent et se cherchent, se retrouvent pour donner aux
Marais Criminels toute la force et la subtilité qui nous font espérer pour elles des carrières longues, très longues...

mardi 23 février 2010

Alexandre Messina, Les Marais Criminels

Alexandre Messina, à droite, en conversation 
avec Pierre Barouh pendant le tournage.
Comédien formé sur les planches par Pierre Reynal, Alexandre Messina s'est lancé avec passion dans l'aventure de la réalisation. Après plusieurs courts-métrages et documentaires, un premier long en 2006, il nous présente aujourd'hui Les Marais Criminels, road movie sur deux âmes perdues en plein Marais Potevin.

Alexandre Messina envisage l'entreprise de réalisation comme un parcours de recherche. Il admet  la difficulté de concilier une volonté d'originalité avec une réalité cinématographique dont l'horizon serait en quelque sorte arrivé à son extrêmité. Il s'agit de révolutionner non plus sur la forme, puisque tout semble avoir été fait par les plus grands, mais sur le fond. Il se concentre donc sur ce qu'il appelle « l'âme des personnages », le ressenti des acteurs, leur mécanique d'incarnation.


C'est pour cela qu'il a choisi de très peu écrire le scénario des Marais Criminels, laissant ainsi une grande liberté à ceux qu'il dirige et une grande place à l'émotion brute. Il refuse toute tentative de conditionnement du spectateur ; tout décrire sur le papier jusqu'au dernier battement de cil est pour lui plus qu'une aberration. Entreprise louable mais très peu appréciée par les sociétés de production amarrées à la notion de rentabilité. Fort heureusement, il a rencontré des individus qui ont cru en lui et l'ont aidé à mener à bien ce projet. Il cumule ainsi les casquettes de réalisateur, co-scénariste et producteur. Responsabilités lourdes à porter mais c'est un passionné, passionné exigeant qui aime  avant tout partager, échanger et faire découvrir.

Alexandre Messina raconte qu'il a découvert le Marais Poitevin un peu par hasard et a été immédiatement séduit par l'atmosphère des lieux. L'omniprésence de l'eau, la tranquilité des espaces, semblaient le meilleur refuge pour ses deux héroïnes en mal d'amour à la recherche d'elles-mêmes. Afin de pousser l'expérience à son paroxysme, internet, télévision et téléphones portables ont été bannis du tournage, obligeant les deux jeunes actrices principales Céline Espérin et Ophélie Bazillou à une introspection parfois douloureuse. Ce processus de création pourrait paraître extrême, néanmoins il a permis aux individus de se révéler, de se réincarner et  d'apporter fraîcheur et intensité au récit : « Il y a une grâce sur ce film que je n'ai rencontré nulle part ailleurs », précise t-il.


En amenant ainsi les êtres à se dépasser, Alexandre Messina offre au spectateur un univers rempli d'idéaux brisés et de rêves inaccomplis, qui puise sa force dans le renouvellement constant des individus et de leurs aspirations. Ce film est le projet d'une décennie mais pas celui de toute une vie, alors à quand le prochain ?





Les Marais Criminels
Sortie le 3 mars 2010

vendredi 19 février 2010

Micky Green - Honky Tonk

Sortie le 15 février 2010

Il y a deux ans on découvrait la pop acidulée de Micky Green avec son premier album White T-Shirt, dont le titre phare Oh ! résonne encore sur les dancefloors. La jolie blonde australienne revient avec un deuxième opus, Honky Tonk, dans les bacs depuis le 15 février.

Elle a de faux airs de Marylin, des yeux de biche, un passé de mannequin et vient de l'autre bout du monde mais c'est en France qu'elle a posé ses valises. Lassée des podiums, elle a élaboré avec Renaud Letang (producteur de Manu Chao et Alain Souchon) son premier album White T-Shirt.

Forte du succès et de l'engouement provoqués par ce premier essai musical elle a voulu réitérer l'expérience. L'enjeu était de taille, il s'agissait de séduire à nouveau un public de plus en plus pointilleux. Elle a donc enclenché un virage à 180 degrés et nous propose des compositions à l'accent groove et envoûtant, axés sur la voix langoureuse de la demoiselle. L'ambiance est intimiste, funky, ponctuée par les cuivres et les choeurs. On ouvre une nouvelle porte, marquée par des influences jazzy et soul. Plus posé, Honky Tonk nous entraîne sur les grandes artères américaines et nous donne envie de dévorer les kilomètres au volant d'une belle mécanique. Le titre de l'album est une référence aux Rolling Stones, icônes du rock habitués aux titres anthologiques.



La musique comme échappatoire, c'est ainsi que Micky perçoit le règne des notes. Elle expérimente, elle évolue, elle va mêm jusqu'à miauler sur le titre Scaredy Cat. Sa musique accompagne la fin de l'hiver et nous amène à la lisière du printemps, donnant des envies de pique-nique dans les bois et de cafés en terrasse. On regrette un peu la régularité rythmique de ces treize nouveaux titres mais on ne saurait en nier l'efficacité et l'attrait. Parfait pour commencer la semaine et redonner envie de sourire dans le train-train quotidien.


Un peu de verdure dans la grisaille, Micky Green sera en concert dans toute la France à partir de mars 2010 pour partager les clés de son jardin.




Micky Green - Honky Tonk





Sortie le 15 février 2010


www.mickygreen.com

www.myspace.com/mickygreenmusic

mercredi 17 février 2010

Les Marais Criminels

Sortie nationale le 3 mars 2010.
Réalisé par Alexandre Messina avec Ophélie Bazillou et Céline Espérin

Sur les traces de Thelma et Louise

Juillette, jeune danseuse, rêve de firmaments et de Lac des cygnes. Mais c'est sous les traits de Shéhérazade que chaque nuit elle s'effeuille dans un bar glauque de la Place Pigalle. C'est là qu'elle rencontre au hasard d'un couloir Axelle, aspirante serveuse.

Une dispute, un coup de feu, la panique et puis la fuite. Au fil des kilomètres, ces deux âmes à la dérive vont apprendre à se connaître, à s'apprivoiser. Sans but ni attaches elles vont errer sur les routes de Vendée, découvrir des paysages, des ambiances de villages et des parfums de liberté. Dérivant au hasard des rencontres et des chemins de terre, leur quête d'un refuge va les mener jusqu'au Marais Poitevin. C'est au milieu des chevaux et des canaux qu'elles vont tenter de reprendre pied, de sortir du tourbillon de la cavale.


Histoire de femmes


Axelle et Juillette, isolées au milieu du monde sont deux coquilles d'oeuf prises dans la tourmente. L'une est chêne, l'autre roseau. La vie, sans les épargner leur a donné l'opportunité de se rencontrer. Elles doutent, pleurent, crient, se cherchent et se bousculent, Juillette repousse les limites, Axelle les construit. D'une rencontre atypique naît la fusion où chacune se dilue.

Alexandre Messina, réalisateur et co-scénariste, avait tout d'abord envisagé un couple homme-femme pour cette cavale à quatre mains. Mais au fil du processus de création, l'idée d'une distribution féminine s'est peu à peu imposée. Car la tension sexuelle entre deux individus de genres différents aurait risqué de détourner le propos du film qui était de montrer la beauté d'un instant, d'un vécu, d'une histoire. Il a choisi de tourner dans le Marais Poitevin pour son isolement et sa lumière. Pour ces instants magiques où le temps est suspendu et les paillettes d'or affleurent à la surface de l'eau. Directeur exigeant,
Alexandre Messina a tenu à créer pendant le tournage des conditions hors normes, coupées du monde. Paradoxalement il laisse énormément de libertés à ses acteurs en réduisant le scénario à son substrat, permettant ainsi une improvisation permanente qui créé cet effet de fraîcheur et de spontanéité.


Céline Espérin et Ophélie Bazillou nous offrent un duo solaire et initiatique dont la pureté fait envie. A découvrir sans scrupules ni a priori, Les Marais Criminels sont un souffle de vie.



mardi 16 février 2010

Ander - Roberto Caston

En salles le 17 février 2010


Le film de Roberto Castón part à la découverte de l'amour.


Romance au Pays Basque


Ander, célibataire endurci, vit avec sa mère et sa soeur Arantxa dans une région isolée du Pays Basque, la Biscaye. Sa vie est partagée entre les travaux de la ferme familiale et l'usine du coin. Peu de temps pour les loisirs, quelques heures dans les bras de la douce Reme la prostituée, quelques beuveries viriles, voilà tout. Jusqu'au jour où, immobilisé à la suite d'un accident, il est obligé d'engager José, un ouvrier agricole argentin. José débarque ainsi avec son petit sac, son sourire lumineux, sa douceur et sa timidité. L'immigré va bouleverser le monde si cloisonné du paysan et lui faire ressentir des choses dont il ne soupçonnait même pas l'existence, faisant voler en éclats ses certitudes originelles.

Aimez-vous les uns les autres


Primé dans divers festivals et notamment au Festival International de Berlin où il a reçu le prix Cicae, Ander est le premier long-métrage de l'Espagnol Roberto Caston. Président du Festival international de Cinéma Gay, Lesbien, Bisexuel et Transsexuel de Bilbao depuis sa création en 2004, Caston voulait représenter l'amour sous toutes ses formes. Histoire de compliquer les choses, il a choisi de situer son histoire dans un milieu rural, fermé, où les valeurs morales priment et où aucune place n'est faite à la sensiblerie. Josean Bengoetxea est parfait en ours bourru quarantenaire en mal d'affection et Christian Esquivel, que l'on a pu apercevoir dans le Che de Soderbergh, campe un déraciné à l'aura solaire. Leur histoire d'amour, qu'elle soit considérée comme atypique, hors norme ou indécente ne peut laisser indifférent. La force qui émane des sentiments pourrait être utilisée dans une logique moralisatrice mais il n'en est rien.



Pas de révolution donc, mais de l'amour, beaucoup d'amour, que demander de plus ?



Ander
un film de Roberto Castón
Avec Josean Bengoetxea, Christian Esquivel.


Durée : 1h48

vendredi 29 janvier 2010

Disgrâce de Steve Jacobs, avec John Malkovich

Sortie le 20 janvier 2010
Un film de Steve Jacobs. Inspiré du roman de J.M. Coetzee, Prix Nobel de littérature. Avec John Malkovich, Jessica Haines, Eriq Ebouaney.

David Lurie, universitaire spécialiste de Byron vit au Cap en Afrique du Sud. Cinquantenaire divorcé, amoureux des femmes, il n'a de cesse d'assouvir sa passion, peu soucieux des conséquences.



Jusqu'au jour où, suite à la plainte d'une étudiante, il est contraint de démissionner. Il quitte alors l'agitation citadine pour rejoindre sa fille Lucy qui vit seule dans une région isolée où rien ne pousse si ce n'est les fleurs qu'elle cultive. Lurie découvre un univers où l'Apartheid a laissé des blessures impossibles à refermer. Les lois tacites qui régissent la communauté restreinte sont des barrières difficiles à franchir.



Témoin impuissant du viol de sa fille, il va prendre conscience de l'ampleur des violences faites aux femmes et de son implication personnelle dans la dénaturation féminine. Lui qui était en état de disgrâce va peu à peu créer les marches de sa reconstruction.


Ce projet, c'est celui de la productrice Anna-Maria Monticelli. Admiratrice de l'oeuvre de Coetzee elle s'est empressée d'acquérir les droits de Disgrâce (primé par le Booker Prize en 2009) et de proposer une nouvelle collaboration à Steve Jacobs, avec qui elle avait déjà travaillé sur La Spagnola. Ils avaient à coeur de s'entourer d'individus sensibles à l'univers littéraire très particulier de Coetzee. Avec comme toile de fond le ballet des relations familiales, il s'agit de peindre une réalité, celle de l'Afrique du Sud. Une Afrique brûlante et méconnue, chargée d'Histoire et de douleurs.




La lumière vive éblouit et John Malkovich est incroyable dans ce rôle de père en butte avec une réalité qui le dépasse. Jessica Haines qui joue Lucy fait ici ses débuts au cinéma. La tranquilité et la force qu'elle dégage confèrent à son personnage une aura quasie-mystique. Eriq Ebouaney, méconnaisable et stupéfiant vient compléter le tableau figuratif.



Ce film met à mal le principe de rédemption. Il traite d'amour, de valeurs, de traditions, d'échanges, de déchirements et de passions. Une belle découverte mais surtout une adaptation très réussie.

dimanche 10 janvier 2010

Hindi Zahra - Handmade

18 janvier 2010
Sortie album
World music


Hindi Zahra, reine de la world music


Handmade, le premier album d'Hindi Zahra, est dans les bacs depuis le 18 janvier et une multitude de concerts sont programmés en France. A découvrir au plus vite !



Citoyenne du monde, Hindi Zahra présente son premier album. Elle y mêle ses influences et ses origines. Sa voix a pris possession des ondes avec le premier single Beautiful Tango et ce n'est qu'un début...


La mélancolie et la douceur bercent des mélodies rondes et riches d'apports divers et variés. Hindi Zahra puise ses influences d'un peu partout mais surtout de ses racines qui constituent une base solide de sa création. Berbère, née au Maroc, elle a grandi au son de l'oud d'Oum Khalsoum et des chansons traditionnelles.


On décèle dans les paroles de la jeune femme une peur de se perdre dans l'océan du monde. Sa voix constitue un mélange de tristesse et de force, d'angoisse et de tranquilité. Elle parle de la vie et de ses affres, mais également de la joie que peut nous procurer l'autre. Hindi Zahra concilie sans complexe son histoire propre et celle des siens, sa musique nous fait voguer sur des rivages langoureux, propres à l'échange et au partage.


Elle décortique les rapporte humains, discipline les harmonies et nous livre une parenthèse propice à l'introspection. Handmade, comme son nom l'indique est un pur produit « fait maison ». La plupart des paroles sont en Anglais mais les sonorités venues d'ailleurs ponctuent les accords brisés de la voix rauque de la chanteuse.


Hindi Zahra peut s'enorgueillir de porter haut la bannière de la world music car elle a réussi son pari : perpétuer et charmer.


Lire aussi sur Artistik Rezo, Hindi Zahra lauréate du Prix Constantin 2010.

Et, les meilleurs CD de 2010.



Handmade - Hindi Zahra


Sortie album le 18 janvier

mardi 15 décembre 2009

IRM - Charlotte Gainsbourg

Sortie le 7 décembre 2009

Après une collaboration avec AIR en 2006 (5:55), Charlotte Gainsbourg revient avec IRM, un nouvel album entièrement conçu et produit par Beck.

Un héritage trop lourd

Il aura fallut vingt ans à Charlotte Gainsbourg pour renouer avec la musique. La petite fille de Charlotte for ever (1986) est désormais adulte et poursuit une carrière d'actrice couronnée en 2009 par un Prix d'interprétation au Festival de Cannes pour son rôle dans Antichrist de Lars Von Trier.


Mais le fantôme du père n'est jamais loin. Ce qui explique l'hésitation de la jeune femme à poursuivre une expérience musicale initiée par Lui, le Grand, l'Unique. Elle s'y essaye pourtant en 2006 avec 5:55, produit en collaboration avec AIR, grand nom de la scène musicale internationale. Sa voix chuchotée, etoufée, qui avait tant séduit à une époque, ne convainc pas.



Deuxième essai donc, radicalement différent. Elle a laissé Beck, génie de la musique, prendre les rênes de la création. Très marquée par son accident cérébral (en 2007), elle lui a demandé d'intégrer des sons d'IRM dans les chansons. Dans un univers beaucoup plus rock, très sombre, on s'attendait à ce que le papillon prenne son envol, c'est raté. La voix ténue disparaît dès lors que d'autres sont intégrées. On n'arrive pas à distinguer la « patte » de l'interprète, sa consistance étant trop juste et à force, il est fatiguant de tendre l'oreille à la recherche d'une trace. Cela donne l'envie de découper au scalpel l'enveloppe qui oppresse et empêche la chanteuse de s'exprimer pleinement.


Malgré quelques très bonne compositions, finement ciselées, la sauce ne prend pas. Dommage...

dimanche 13 décembre 2009

Salif Keita - La Différence

Le chanteur malien a sorti son album La Différence, hymne à la tolérance, à l'amour, et invitation au voyage. Il sera en concert le 12 avril 2010 à l'Olympia.

Les couleurs du Mali


Salif Keita a connu la notoriété dans les années 1970 au sein de deux des plus grands ochestres du Mali de l'époque, Le Rail Band et Les Ambassadeurs. Depuis Soro, son premier album solo, sorti en 1987, cet auteur-compositeur-interprète n'a eu de cesse de renouveler la musique africaine. Sa voix transmet la chaleur de la culture mandingue, il puise dans ses origines la richesse de sa création. Il chante en malinké, bambara et français, démontrant la force que peuvent apporter les échanges.

Après Moffu (2002) et M'Bemba (2005), La Différence est le troisième opus de sa trilogie accoustique. Il s'est entouré de musiciens venus des quatre coins du monde pour donner naissance à un « melting pot » constructif de sons et d'influences.
« Je suis noir, ma peau est blanche et moi j'aime bien ça. C'est la différence qui est jolie » chante-t-il dans La Différence, premier titre de l'album éponyme. Enregistré entre le Mali, Les Etats-Unis et le Liban, réalisé par Patrick Renson (qui a notamment travaillé avec M ou Vanessa Paradis) ce petit bijou est un hymne à la tolérance et à l'amour. Les rythmes enchanteurs invitent au voyage et à la découverte de terres inconnues. Le dépaysement est total, les nuages s'effacent pour faire place au soleil brûlant de l'Afrique.

L'amour et rien d'autre


Sa couleur de peau a fait de Salif Keita un ambassadeur de la tolérance. Né Albinos au Mali, il a dû faire face dès sa naissance à la méfiance et au rejet véhiculés par des croyances ancestrales. Lui, le descendant de l'empereur Soudjata Keita, a su faire de sa différence épidermique une force. Très engagé auprès de diverses associations, pour la reconnaissance des droits des albinos et pour la préservation de l'environnement, il se bat avec les armes qui sont les siennes, contre la bêtise et l'ignorance. Sa musique véhicule des valeurs universelles d'entraide et de partage. C'est un appel à la réflexion sur notre condition d'hommes mortels, sur l'importance de l'amour et du cadeau qu'est la vie.

jeudi 26 novembre 2009

Ti Harmon : une Américaine à Paris

Le 27 novembre 2009
Bizz'art

La chanteuse de jazz est en concert le 27 novembre 2009 au Bizz’art dans le cadre de la soirée Women of soul. Rencontre.

New York/Madrid/Paris

D’aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours voulu chanter. Elle a grandi à Philadelphie mais c’est à New York qu’elle a commencé à professionnaliser sa fibre artistique. Diplômée de la New York University en théâtre, elle a longtemps dirigé sa propre compagnie jusqu’au jour où elle a eu envie de changer de vie, de faire de sa passion pour le chant une nouvelle carrière. Au début de l’année 2002, elle s’est envolée pour l’Espagne pour suivre son cœur mais surtout pour apprendre la musique. Perfectionniste, elle ressentait le besoin de pouvoir concrétiser ses désirs auprès de musiciens et cela passait par une connaissance des instruments, du solfège, des variations et des harmonies. Elle s’est donc mise au travail, toujours portée par un optimisme sans faille. Ses pérégrinations l’ont ensuite menée jusqu’à Paris qui reste pour elle la capitale de la culture, de la création, où tout est possible.
Elle y a d’abord rencontré  Thomas Hugenel (contrebasse) puis  Germain Guyot (piano), Anthony Menier (batterie) et Stéphane Berti ( guitare). Elle avoue fonctionner à l’instinct, si le « courant » ne passe pas, rien n’est possible. Fort heureusement, elle a trouvé dans ceux qui l’entourent un soutien porteur pour la création, une énergie similaire, lumineuse.

Women for soul

Ses goûts musicaux sont  éclectiques en tant qu’auditrice mais dans son rôle de  chanteuse, c’est le jazz qui a sa préférence. On ne saurait s’en plaindre,  sa voix douce, chaude et sensuelle délivre des électrochocs qui hérissent les poils. La mélodie porte les mots. Les chansons, fragments de vies nous donnent une impression de proximité émotionnelle qui nous laissent tous chamboulés. L’osmose avec ses musiciens prend dès lors tout son sens. Ils n’ont pas de protocole de travail, chaque mot finit par trouver sa note au gré des expérimentations. Chacun propose, expose et c’est ce qui fait toute la richesse de cette musique qu’ils composent à dix mains.
Ti Harmon est une chanteuse généreuse. Son besoin de partager se traduit par sa collaboration avec d’autres artistes féminines pour la soirée Women for soul. Il ne s’agit pas d’exclure les hommes mais plutôt de présenter ce dont les femmes sont capables.
L’album est en cours d’élaboration,  en attendant, précipitez-vous au Bizz’art le 27 novembre 2009 et laissez-vous envoûter...

Quel est votre premier évènement artistique marquant ?
J’avais cinq ans. Je voulais absolument chanter devant toute la classe, rien n’était alors plus important pour moi.

Y a-t-il un espace qui vous inspire ?
Chez moi, tard dans la nuit quand tout est calme. Quelques bougies, de l’encens, je peux alors laisser libre cours à mes envies créatrices.


Quelle est votre idée de la consécration artistique ?
Que ma musique touche le plus de monde possible. Le jazz n’est pas une musique facile à transmettre.

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?
Je suis pleine d’obsessions. Je suis une perfectionniste. Il m’arrive de réécrire une chanson des dizaines de fois jusqu’à ce que j’aie trouvé ce que je cherchais. C’est une question de vibrations, de sensations, quand ça marche, ça marche.

Quelle place prend votre travail dans la vie ?
Il est toujours là, la musique est partout. Il m’est très difficile de voir des concerts, ça me rend très nerveuse, je compare tout, ça devient impossible.

lundi 23 novembre 2009

Micha Patault - No more Bhopals

A l'occasion du 25e anniversaire de la catastrophe de Bhopal, La Maison des Photographes accueille le 1er décembre l'exposition « No more Bhopals » du photographe indépendant Micha Patault. Focus sur une tragédie humaine.

Petit rappel des faits
Dans la nuit du 2 au 3 décembre 1984, une usine de pesticides explose au beau milieu d'un bidonville de Bhopal (dans l'Etat du Madhya Pradesh) en Inde. 40 tonnes d'isocyanate de méthyle se répandent dans l'atmosphère, tuant 8000 personnes dès la première nuit. Suivront des dizaines de milliers d'autres victimes, intoxiquées par les gazs mais également par l'eau des nappes phréatiques. En effet, à ce jour, le site de l'usine laissé à l'abandon par ses propriétaires Américains (l'entreprise Dow Chemicals qui a succédé à l'usine Union Carbide), n'a toujours pas été décontaminé. Les produits toxiques ont ainsi infiltré les sols, provoquant une pollution lourde de conséquences pour les habitants alentours.

Un engagement aux côtés des victimes
C'est à la suite d'une émission radiophonique de Daniel Mermet, « Là-bas si j'y suis » sur la catastrophe de Bhopal (diffusée en 2004) que Micha Patault a commencé à s'intéresser à cet évènement dévastateur.
Originaire de Marseille où il a fait les Beaux Arts et après un passage à l'Institut des Langues Orientales de Paris pour apprendre l'Hindi, ce jeune photographe indépendant n'a pu résister à l'envie impérieuse de se rendre en Inde pour constater de ses propres yeux l'ampleur des dégâts. C'était en 2005. Ce premier voyage lui a permis d'évaluer une situation problématique et de rencontrer les acteurs d'un combat engagé depuis 1984. De cet « état des lieux » est née l'envie d'étoffer une banque d'images de la catastrophe jusqu'à lors trop pauvre. Fort du soutien de la Sambhavna Clinic (qui prend en charge les victimes collatérales de l'explosion chimique), il a ainsi engrangé des milliers de photos, témoignages de générations actuelles et futures sacrifiées au nom d'intérêts économiques. En effet, les responsables (Warren Anderson, PDG de l'époque notamment) courent toujours malgré les mandats d'arrêt lancés à leur encontre.

Micha Patault a choisi de découper son travail en trois parties : gaz/eau/témoignages, offrant ainsi au spectateur une vision globale de la situation humaine. L'oeil ne peut qu'être choqué par cette réalité effrayante trop peu évoquée. Le travail du photographe s'inscrit non seulement dans un devoir de mémoire mais aussi dans une volonté d'apporter un soutien au combat, pour défendre les droits de l'homme les plus élémentaires, pour que justice soit faite.

mercredi 11 novembre 2009

Ed Laurie, poète du folk avec "Small boat big sea"

Small boat big sea
Sortie le 2 décembre 2009

Le chanteur britannique sera sur la scène du Café de la danse, le mardi 1er décembre pour la promotion de son album Small boat big sea, dont la sortie est prévue pour le 2 décembre 2009.


Voyage au long cours

La douceur, la délicatesse de la voix, nous entraînent dans des mélodies qui incitent à la rêverie. Ed Laurie nous ouvre les portes de son monde fait de voyages et d’échanges, de la fusion des genres et des origines. Ce qu’il nous propose est une exploration de l’intime, un mélange subtil de folk et d’influences venues des quatre coins du globe. Le résultat est unique, tout en finesse. Vies qui s’écoulent, parchemins que l’on déroule, la carte de ses chansons donne des envies d’évasion. Nul besoin d’orchestre philarmonique, la simplicité recherchée  implique une ligne instrumentale épurée, il s’agit de faire passer le plus d’émotions possibles sans s’encombrer de fioritures. Ayant lui-même des origines russes, brésiliennes et britanniques, fan des virtuoses Django Reinhardt ou Atahualpa Yupanqui, il a été chercher ses musiciens en Italie (Manuel Randi, guitariste et clarinettiste, et Andrea Polato, percussionniste) et ses choristes en Norvège (Anna et Elizabeth). Cette rencontre du chaud et du froid a donné lieu à une réaction chimique, fusionnelle qui nourrit les titres et leur apporte une force indéniable.

L’âge de raison

Ed Laurie a connu plusieurs vies dans sa carrière musicale. De formation classique, il s’est laissé charmer par la chaleur d’une guitare flamenco puis par le milieu du rock. D’excès en pertes de contrôles, il avoue s’être perdu avant de trouver le chemin de la tranquillité : « Il arrive un moment où l’on s’aperçoit que l’on n’est plus le centre du monde » dit-il avec humour. Cette prise de conscience marquera un tournant dans son évolution musicale. Il privilégie désormais des ambiances intimistes qui permettent de partager toute l’intensité des instruments. Il avoue exécrer les amplificateurs qui sont pour lui synonymes de distorsion du son. Etant toutefois obligé de les utiliser, il fait en sorte que cela soit fait de la façon la plus intelligente possible et cela passe par des prestations dans des salles de tailles modestes. Il devient ainsi le cauchemar des tourneurs qui souhaiteraient voir sa musique diffusée pour le plus grand nombre. Heureusement, « Tôt ou tard », le label avec qui il a signé en 2006 comprend ce besoin de partager directement, intimement.
Le titre de l’album vient d’un conte inventé pour ses enfants. L’histoire d’un jeune garçon perdu au milieu de l’océan qui voit son embarcation se réduire telle une peau de chagrin. Ed Laurie peut manœuvrer son bateau en toute confiance, il est à bord d’un insubmersible.


Quel est le premier évènement artistique marquant de votre vie ?
« Champ de blé au corbeau », une toile de Vincent Van Gogh. La force qui s’en dégage est impressionnante. J’étais jeune mais elle m’a donné envie de m’intéresser au personnage.

Existe-t-il un espace qui vous inspire ?Dans l’eau, c’est un élément très apaisant.

Quelle est votre idée de la consécration artistique ?Réussir à toucher les gens. Si je n’y arrivais pas, j’estimerais avoir failli dans mon métier de musicien.

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?J’aimerais être ma seule référence. Par là je veux dire que je souhaiterais que les gens ne m’affilient pas en permanence à d’autres artistes même si c’est très flatteur. Je sais que c’est une envie très présomptueuse mais c’est une idée qui me fait travailler dans une volonté d’offrir aux gens quelque chose de différent de ce qu’ils ont déjà entendu.

Quelle place prend votre travail dans votre vie ?Il est très difficile de s’en détacher mais il est indispensable de faire des pauses pour éviter que cela tourne à l’obsession.

mardi 27 octobre 2009

Mustang - Sur la route du rock

A71
Album dans les bacs depuis le 26 octobre 2009

Après avoir enflammé la scène découverte du Printemps de Bourges et les Francofolies de La Rochelle, le jeune groupe clermontois vient de sortir son premier album, A71. Retour sur une ascension loin de leur brûler les ailes. Rencontre.

Clermont-Ferrand, La Coopérative de Mai et Didier Veillault

Non, il n’y a pas qu’une usine de pneus à Clermont-Ferrand, il y a aussi la Coopérative de Mai. C’est son directeur, Didier Veillault qui le premier a pris conscience du potentiel de ce trio féru de rythm’n blues et de rockabilly. Après avoir bénéficié d’une résidence et de plusieurs dates de concerts, le succès a permis à Mustang d’être sélectionné et d’exercer ainsi ses chansons sur la scène découverte du Printemps de Bourges. Lors de leurs concerts, l’espace-temps se fige pour nous ramener cinquante ans en arrière quand la gomina et les blousons de cuirs étaient légion et où Elvis embrasait les jeunes filles en fleur avec des déhanchés évocateurs. L’influence assumée du beat de Bo Diddley donne aux morceaux de Mustang des accents d’Amérique. Portées par la voix de Jean Felzine, les paroles aux rimes soignées croquent des instants de vie et sont chantées dans la langue de Molière. Le duo basse-batterie (Johan Gentile et Rémi Faure) maintient sans problème le rythme soutenu délégué au genre. On pourrait peut-être regretter la brièveté des chansons mais pas leur efficacité. De Memphis à Clermont il n’y a qu’une note.

MUSTANG_2_lo_def_photo_de_Dimitri_CosteA71, l’autoroute du succès

Ils ont choisi de nommer leur premier album en hommage à l’artère routière qui leur a permis de partir à la conquête de Paris. Les critiques dithyrambiques de certains magazines spécialisés ne leurs sont pas montées à la tête, ils savent qu’il faudra du travail et de la persévérance pour se faire une place au soleil dans une industrie musicale aujourd’hui affaiblie. Epaulés par A Rag record, le label indépendant qui les a signés, ils défendent leur création au nom d’un renouveau du rockabilly, genre maintes fois enterré qui a pourtant encore tellement de ressources, comme ils nous le prouvent. Le clip Le Pantalon, aux accents rétro où la langueur règne permet d’appréhender l’univers de ce jeune groupe. Loin d’errer dans la plaine, Mustang trace sa route dans le monde impitoyable de la musique.


Rencontre :

Le premier évènement artistique marquant de votre vie ?

Un concert dans une maison d’arrêt en 2008. On avait peur de se faire dévorer tout cru mais le courant est passé et on a fait un super concert.

Quelle est votre idée de la consécration artistique ?

La postérité. Qu’une de nos mélodies fasse partie de celles que les gens sifflotent dans la rue sans bien se rappeler où ils l’ont entendue.

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?

L’hypnose, la mélodie et l’amour, à l’origine de tout, à la base de tout. Et le diddley beat qui domine.


Quelle dimension prend votre travail dans votre vie et quel sens prend-il ?

Omniprésent, fondateur.

mardi 13 octobre 2009

People of Nothing

Le jeune groupe de rock indépendant parisien a choisi de présenter son premier clip en avant - première au cinéma MK2 Biblothèque dans le XIIIe arrondissement.
Rencontre avec son leader Florian Chombart (alias Django).


Fondé en 2007, People Of Nothing fait partie d'une nouvelle génération de groupes musicaux tendant à se démarquer, pas seulement par la qualité de leurs compositions mais également grâce à une réinvention des techniques de communication.

Des débuts sous contrôle

Florian Chombart, auteur, compositeur et interprète est à l'initiative de l'ensemble du projet. Lui-même guitariste, il s'est entouré d'un clavier (MR Chut), d'un batteur (Niko) et d'un bassiste (Nico). Tous échaudés par des expériences négatives, ils ont cette intention de procéder dans les règles de l'art. Après plusieurs mois en répétitions, ils ont joué leurs premières chansons en juin 2008 dans une petite salle anonyme avant d'investir les scènes de L'Alimentation Générale et de La Cantine de Belleville en octobre 2008. Le public a ainsi découvert des chansons entêtantes, portées par la voix grave et sourde du chanteur ("Hold", le titre du premier clip ou encore "Manflesh Poetry" qui figure sur la démo du groupe proposée en ligne) . Ils sont pour le moment encore à la recherche d'un manager mais espèrent en trouver un bientôt. Car il est difficile dans le milieu de la musique de rester concentré sur la création si l'on doit passer son temps à démarcher. D'où la nécessité de déléguer pour un processus créatif serein. L'auteur revendique une volonté de transmettre des émotions, les siennes, positives ou négatives. Les histoires qu'il raconte ont toutes en elles une part de son expérience personnelle. Le ton pourrait être qualifié de sombre mais les épreuves sont là pour construire.

Les influences sont multiples et font se recouper plusieurs visions de la musique, cela va de Sonic Youth à Joy Division, de The Cure à Sigur Ros. Loin de renier l'impact de ces groupes sur leur musique, Florian insiste toutefois sur leur volonté de s'en détacher pour produire quelque chose de nouveau. Il regrette l'habitude française de classer chaque chose dans une case.


Réinventer la diffusion musicale

Deux concerts à New York au printemps 2009. C'est là-bas qu'aura lieu la rencontre avec Grégory De Maria, jeune réalisateur en vogue qui, enthousiasmé par leur musique leur proposera une collaboration pour le premier clip. Ce dernier sera tourné à Etretat, quelques mois après, dans un château. Pas de scénario, le but étant de présenter le groupe et ses différents membres. Conditions de tournage "rock 'n roll" mais au final une véritable intention esthétique, loin des clichés relatifs au rock indépendant où évoluer dans des parkings et autres espaces glauques est considéré comme la norme. Grégory De Maria a repris la caméra pour le deuxième clip, "Haircut the grass", tourné à New York, qui est encore en cours de montage et devrait être diffusé très prochainement sur le site du groupe. C'est le goût pour une authenticité artistique qui réunit tous les acteurs de ce projet musical d'où cette volonté de peaufiner le "produit", le perfectionnisme est de mise.

Après l'ouverture de leur myspace où ils proposent leurs compositions, ils ont choisi de présenter leur premier clip dans un lieu plutôt que sur la Toile. Tous cinéphiles, les membres du groupe ont été marqués par l'interdépendance de l'image et du son. Ils n'ont pas hésité devant une opportunité leur permettant de présenter leur travail au MK2 bibliothèque à côté de la Bibliothèque Nationale de France.

Nombre de groupes choisissent de défendre sur scène des titres déjà enregistrés sur un disque. People Of Nothing a préféré commencer par des concerts suivis du net, du clip, pour enfin finir sur le disque. "Nous sommes exigeants envers nous-mêmes et chaque étape à suivre fait partie de notre apprentissage de la création. C'est toujours le plus intéressant pour nous : créer et découvrir." Pour sortir du lot et faire la différence... C'est tout ce qu'on leur souhaite.

Le premier évènement artistique marquant de votre vie ?

La B.O de Trent reznor dans Tueurs-nés.


Existe t-il un espace qui vous inspire ?

Mieux qu'un espace, une pensée. Pour mon grand-père qui a été très important dans ma vie et auquel je repense souvent.


Quelle est votre idée de la consécration artistique ?

J'aimerais aller toujours plus loin dans la musique. Essayer tellement de choses dans la musique... Pour moi "consécration" rime un peu avec fin de carrière et donc "Best of"... Mais je pense que j'aimerais faire une sorte d'opéra intemporel. Pas un truc ringard comme on voit tout le temps en ce moment, mais quelque chose qu'on est allé chercher au plus profond de ses tripes et qu'on balance avec sa plus belle énergie comme si la fin du monde était à notre porte. Je ne sais pas si c'est de laisser une trace dont il s'agit, mais bien de faire cette chose unique, même si c'est maladroit et un peu monstrueux, ce petit être malade et chétif qu'est ma création a le droit d'exister...

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?

Mes obsessions sont la peur de la mort, ça fait très ado... La trahison, le passé, la perte de contrôle, l'indifférence, le sexe, le mensonge, la force cachée en nous, ces choses qui nous échappent, les coïncidences, les petites choses étranges et extraordinaires, l'amour et surtout, surtout mes rêves (de fin du monde !) le tout baignant dans une ambiance anxiogène...