mardi 27 octobre 2009

Mustang - Sur la route du rock

A71
Album dans les bacs depuis le 26 octobre 2009

Après avoir enflammé la scène découverte du Printemps de Bourges et les Francofolies de La Rochelle, le jeune groupe clermontois vient de sortir son premier album, A71. Retour sur une ascension loin de leur brûler les ailes. Rencontre.

Clermont-Ferrand, La Coopérative de Mai et Didier Veillault

Non, il n’y a pas qu’une usine de pneus à Clermont-Ferrand, il y a aussi la Coopérative de Mai. C’est son directeur, Didier Veillault qui le premier a pris conscience du potentiel de ce trio féru de rythm’n blues et de rockabilly. Après avoir bénéficié d’une résidence et de plusieurs dates de concerts, le succès a permis à Mustang d’être sélectionné et d’exercer ainsi ses chansons sur la scène découverte du Printemps de Bourges. Lors de leurs concerts, l’espace-temps se fige pour nous ramener cinquante ans en arrière quand la gomina et les blousons de cuirs étaient légion et où Elvis embrasait les jeunes filles en fleur avec des déhanchés évocateurs. L’influence assumée du beat de Bo Diddley donne aux morceaux de Mustang des accents d’Amérique. Portées par la voix de Jean Felzine, les paroles aux rimes soignées croquent des instants de vie et sont chantées dans la langue de Molière. Le duo basse-batterie (Johan Gentile et Rémi Faure) maintient sans problème le rythme soutenu délégué au genre. On pourrait peut-être regretter la brièveté des chansons mais pas leur efficacité. De Memphis à Clermont il n’y a qu’une note.

MUSTANG_2_lo_def_photo_de_Dimitri_CosteA71, l’autoroute du succès

Ils ont choisi de nommer leur premier album en hommage à l’artère routière qui leur a permis de partir à la conquête de Paris. Les critiques dithyrambiques de certains magazines spécialisés ne leurs sont pas montées à la tête, ils savent qu’il faudra du travail et de la persévérance pour se faire une place au soleil dans une industrie musicale aujourd’hui affaiblie. Epaulés par A Rag record, le label indépendant qui les a signés, ils défendent leur création au nom d’un renouveau du rockabilly, genre maintes fois enterré qui a pourtant encore tellement de ressources, comme ils nous le prouvent. Le clip Le Pantalon, aux accents rétro où la langueur règne permet d’appréhender l’univers de ce jeune groupe. Loin d’errer dans la plaine, Mustang trace sa route dans le monde impitoyable de la musique.


Rencontre :

Le premier évènement artistique marquant de votre vie ?

Un concert dans une maison d’arrêt en 2008. On avait peur de se faire dévorer tout cru mais le courant est passé et on a fait un super concert.

Quelle est votre idée de la consécration artistique ?

La postérité. Qu’une de nos mélodies fasse partie de celles que les gens sifflotent dans la rue sans bien se rappeler où ils l’ont entendue.

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?

L’hypnose, la mélodie et l’amour, à l’origine de tout, à la base de tout. Et le diddley beat qui domine.


Quelle dimension prend votre travail dans votre vie et quel sens prend-il ?

Omniprésent, fondateur.

mardi 13 octobre 2009

People of Nothing

Le jeune groupe de rock indépendant parisien a choisi de présenter son premier clip en avant - première au cinéma MK2 Biblothèque dans le XIIIe arrondissement.
Rencontre avec son leader Florian Chombart (alias Django).


Fondé en 2007, People Of Nothing fait partie d'une nouvelle génération de groupes musicaux tendant à se démarquer, pas seulement par la qualité de leurs compositions mais également grâce à une réinvention des techniques de communication.

Des débuts sous contrôle

Florian Chombart, auteur, compositeur et interprète est à l'initiative de l'ensemble du projet. Lui-même guitariste, il s'est entouré d'un clavier (MR Chut), d'un batteur (Niko) et d'un bassiste (Nico). Tous échaudés par des expériences négatives, ils ont cette intention de procéder dans les règles de l'art. Après plusieurs mois en répétitions, ils ont joué leurs premières chansons en juin 2008 dans une petite salle anonyme avant d'investir les scènes de L'Alimentation Générale et de La Cantine de Belleville en octobre 2008. Le public a ainsi découvert des chansons entêtantes, portées par la voix grave et sourde du chanteur ("Hold", le titre du premier clip ou encore "Manflesh Poetry" qui figure sur la démo du groupe proposée en ligne) . Ils sont pour le moment encore à la recherche d'un manager mais espèrent en trouver un bientôt. Car il est difficile dans le milieu de la musique de rester concentré sur la création si l'on doit passer son temps à démarcher. D'où la nécessité de déléguer pour un processus créatif serein. L'auteur revendique une volonté de transmettre des émotions, les siennes, positives ou négatives. Les histoires qu'il raconte ont toutes en elles une part de son expérience personnelle. Le ton pourrait être qualifié de sombre mais les épreuves sont là pour construire.

Les influences sont multiples et font se recouper plusieurs visions de la musique, cela va de Sonic Youth à Joy Division, de The Cure à Sigur Ros. Loin de renier l'impact de ces groupes sur leur musique, Florian insiste toutefois sur leur volonté de s'en détacher pour produire quelque chose de nouveau. Il regrette l'habitude française de classer chaque chose dans une case.


Réinventer la diffusion musicale

Deux concerts à New York au printemps 2009. C'est là-bas qu'aura lieu la rencontre avec Grégory De Maria, jeune réalisateur en vogue qui, enthousiasmé par leur musique leur proposera une collaboration pour le premier clip. Ce dernier sera tourné à Etretat, quelques mois après, dans un château. Pas de scénario, le but étant de présenter le groupe et ses différents membres. Conditions de tournage "rock 'n roll" mais au final une véritable intention esthétique, loin des clichés relatifs au rock indépendant où évoluer dans des parkings et autres espaces glauques est considéré comme la norme. Grégory De Maria a repris la caméra pour le deuxième clip, "Haircut the grass", tourné à New York, qui est encore en cours de montage et devrait être diffusé très prochainement sur le site du groupe. C'est le goût pour une authenticité artistique qui réunit tous les acteurs de ce projet musical d'où cette volonté de peaufiner le "produit", le perfectionnisme est de mise.

Après l'ouverture de leur myspace où ils proposent leurs compositions, ils ont choisi de présenter leur premier clip dans un lieu plutôt que sur la Toile. Tous cinéphiles, les membres du groupe ont été marqués par l'interdépendance de l'image et du son. Ils n'ont pas hésité devant une opportunité leur permettant de présenter leur travail au MK2 bibliothèque à côté de la Bibliothèque Nationale de France.

Nombre de groupes choisissent de défendre sur scène des titres déjà enregistrés sur un disque. People Of Nothing a préféré commencer par des concerts suivis du net, du clip, pour enfin finir sur le disque. "Nous sommes exigeants envers nous-mêmes et chaque étape à suivre fait partie de notre apprentissage de la création. C'est toujours le plus intéressant pour nous : créer et découvrir." Pour sortir du lot et faire la différence... C'est tout ce qu'on leur souhaite.

Le premier évènement artistique marquant de votre vie ?

La B.O de Trent reznor dans Tueurs-nés.


Existe t-il un espace qui vous inspire ?

Mieux qu'un espace, une pensée. Pour mon grand-père qui a été très important dans ma vie et auquel je repense souvent.


Quelle est votre idée de la consécration artistique ?

J'aimerais aller toujours plus loin dans la musique. Essayer tellement de choses dans la musique... Pour moi "consécration" rime un peu avec fin de carrière et donc "Best of"... Mais je pense que j'aimerais faire une sorte d'opéra intemporel. Pas un truc ringard comme on voit tout le temps en ce moment, mais quelque chose qu'on est allé chercher au plus profond de ses tripes et qu'on balance avec sa plus belle énergie comme si la fin du monde était à notre porte. Je ne sais pas si c'est de laisser une trace dont il s'agit, mais bien de faire cette chose unique, même si c'est maladroit et un peu monstrueux, ce petit être malade et chétif qu'est ma création a le droit d'exister...

Quelles sont vos obsessions et comment nourrissent-elles votre travail ?

Mes obsessions sont la peur de la mort, ça fait très ado... La trahison, le passé, la perte de contrôle, l'indifférence, le sexe, le mensonge, la force cachée en nous, ces choses qui nous échappent, les coïncidences, les petites choses étranges et extraordinaires, l'amour et surtout, surtout mes rêves (de fin du monde !) le tout baignant dans une ambiance anxiogène...